7 dessins au crayon de graphite reproduisant une même épreuve photographique, sur papier 24x30cm.

Michel Journiac - Hommage à Freud (1972)

LE DESSIN COMME TECHNIQUE DE REPRODUCTION


  

Dans son hommage à Freud : Constat critique d’une mythologie travestie (1972),

Michel Journiac met en scène tour à tour son père, sa mère, et lui même travesti

en ses parents. L’œuvre consiste en quatre portraits photographiques

accolés deux à deux (les parents à gauche et le fils à droite). S’appuyant sur des

similitudes formelles (postures et vêtements identiques), l’acte photographique,

par son protocole, rend crédible le mimétisme des personnages sans toutefois

les confondre.


L’exercice qui consiste à redessiner plusieurs fois un même sujet avec le plus grand

soin, met en évidence l’impossibilité de le reproduire avec constance et exactitude.

Dans le cas du portrait photographique d’une personne aux traits equivoques,

la dérive du dessin est d’autant plus troublante qu’elle intervient sur cette ambiguité

de genre. Chaque portrait ressemble au précédant, tel un jumeau, un frère ou une soeur,

sans qu’on puisse toutefois les confondre.

«Pourquoi j’ai abandonné l’Art Conceptuel»  1978 - encre bleue et rouge sur papier bristol - 50x65cm



J’ai réalisé ce dessin alors que j’étais étudiant aux Beaux Arts d’Aix en Provence, pour une exposition collective de dessins d’étudiants

organisée par la Fondation Miro de Barcelone.

À l’école des Beaux Arts, nos professeurs nous sensibilisaient à la notion incontournable du concept dans toute démarche artistique.

J’avais réalisé ce dessin dans l’idée de produire un format inédit (50x65cm en largeur) du traditionnel papier cadrillé de nos cahiers

d’écoliers dans lesquels nous apprenions à écrire, avec sa marge à gauche séparée d’une ligne rouge, réservée aux correstions.

Le concept de l’objet décalé, ambigu ou incongru, du faux et de la copie, est toujours présent dans mon travail actuel.


L’école d’Aix avait fait le déplacement pour le vernissage de l’exposition, mais je n’y vit pas mon dessin...

Renseignement pris auprès d’un commissaire : «nous avons bien réceptionné votre envoi qui contenais une feuille de papier avec une

étiquette collée au dos mais le dessin n’était pas dans le colis!» (sic)

Par bonheur , j’ai pu récupérer «la feuille».

il faut croire qu’en 1978 le concept n’avait pas encore passé les Pyrénnées.


Le dessin contemporain s’inspire beaucoup de la photographie qui finit souvent par devenir son sujet. La photographie est devenue la base 
pour de nombreux dessinateurs dont le travail commence souvent par une collecte sur internet ou dans les albums de familles. 
Depuis son invention, la photographie à progressivement remplacé le dessin dans son rôle d’esquisse (Rodin, comme de nombreux artistes 
de son époque l’utilisaient déjà comme modèle en lieu et place du véritable modèle vivant). Aujourd’hui, elle est souvent à l’origine de 
l’œuvre, au point parfois que cette dernière n’existe plus sans elle, le sujet de la photographie prenant le pas sur le savoir faire de l’artiste.
Dans les cas extrèmes, ce dernier devient l’orfèvre qui reproduit au mieux le grain de la photographie dans ses moindre aspects.
Dans la seconde moitié du vingtième siècle le mouvement Hyperréaliste américain avait fait de même avec la peinture en l’assujetissant à la 
photographie.

À l’inverse, la photographie (surtout celle de studio qui nécessite la mise en œuvre de lumières et de décors) a souvent recours au dessin. 
Ainsi, tant que la photographie fut «argentique», j’ai systématquement préparé toutes mes prises de vues à l’aide du dessin, et l’utilse toujours
aujourd’hui malgré les techniques numériques qui simplifient grandement la réalisation des projets

POURQUOI J’AI ABANDONNÉ L’ART CONCEPTUEL

DESSINER LA PHOTOGRAPHIE